La résidence fiscale en Espagne pour les étrangers

Par Juan Madridejos Velasco et Luis Alberto Álvarez Moreno, Notaires de Barcelone et associés de la Notaria à Barcelone J&LA Notaires.

Dans une notaire à Barcelone, surtout dans un environnement avec une forte présence internationale comme l’Eixample ou les environs du Passeig de Gràcia, il est de plus en plus courant que des citoyens étrangers doivent justifier de leur résidence fiscale en Espagne. Cette question apparaît fréquemment dans des opérations telles que la vente immobilière par des étrangers ainsi que dans les successions, donations ou investissements immobiliers.

La résidence fiscale n'est pas un concept intuitif ni ne dépend uniquement de l'endroit où l'on vit ou du nombre de jours passés dans un pays. Il s'agit d'une figure juridique de nature fiscale, avec des conséquences directes sur les impôts applicables et sur la correcte structuration de nombreuses opérations notariales. C'est pourquoi il convient de s'arrêter pour analyser ce que l'on entend par résidence fiscale, quand un étranger peut être considéré comme résident en Espagne et, surtout, comment elle doit être correctement justifiée.

L'importance réelle de la résidence fiscale en Espagne

D'un point de vue fiscal, la résidence détermine l'impôt applicable. Il n'est pas pareil de payer des impôts en tant que résident ou non-résident, ni les obligations formelles ni l'étendue de la fiscalité.

Résidence fiscale et imposition en tant que résident

Quiconque est considéré comme résident fiscal en Espagne est soumis à l'Impôt sur le Revenu des Personnes Physiques (IRPF) et paie des impôts sur la totalité de ses revenus, indépendamment du lieu où ils ont été obtenus.

Fiscalité en tant que non-résident

Au contraire, celui qui a le statut de non-résident est soumis à l'Impôt sur le Revenu des Non-Résidents (IRNR) et uniquement sur les revenus obtenus sur le territoire espagnol, question que nous développons plus en détail dans notre article sur :

Cette différence affecte le taux d'imposition, l'existence ou non de retenues à la source et la correcte liquidation des impôts dans les opérations notariales, en particulier dans les acquisitions immobilières, les transmissions patrimoniales ou la planification successorale internationale.

Qu'entend-on par résidence fiscale en Espagne : un concept fiscal autonome

La résidence fiscale est un concept défini par la réglementation fiscale, indépendamment d'autres éléments administratifs ou civils. Sa réglementation de base se trouve dans : l’article 9 Loi 35/2006, du 28 novembre, sur l’Impôt sur le Revenu des Personnes Physiques, dans l’article 6 Loi 5/2004, du 5 mars, sur l’Impôt sur le Revenu des Non-Résidents, et dans l’article 8.1 du texte refondu de la Loi de l’Impôt sur les Sociétés, approuvé par le Real Decreto Legislativo 4/2004, du 5 mars, sans préjudice de ce qui est prévu dans les conventions pour éviter la double imposition.

Cela signifie qu’il ne suffit pas d’avoir ou non un permis de résidence, d’être inscrit au registre municipal ou de disposer d’un domicile en Espagne. La résidence fiscale se détermine en tenant compte de critères objectifs, qui doivent être analysés de manière conjointe et cohérente.

Quand un étranger est-il résident fiscal en Espagne ?

La réglementation espagnole établit trois grands critères pour déterminer la résidence fiscale. Il suffit que l'un d'eux soit rempli pour qu'une personne soit considérée comme résidente en Espagne.

La permanence sur le territoire espagnol : plus de 183 jours

Le critère des 183 jours est le plus connu, mais aussi l'un de ceux qui génèrent le plus d'erreurs en pratique. Les absences sporadiques sont comptabilisées et ne sont exclues que lorsque la résidence fiscale dans un autre État est prouvée.

Cet aspect est particulièrement pertinent pour les personnes qui alternent leur résidence entre différents pays ou qui maintiennent des intérêts économiques en Espagne, comme c'est souvent le cas avec les investissements immobiliers d'étrangers.

Le centre d'intérêts économiques

Même sans dépasser les 183 jours, une résidence fiscale peut exister si le noyau principal des activités ou des intérêts économiques se situe en Espagne. Ce critère est généralement analysé avec une attention particulière chez les entrepreneurs, professionnels déplacés ou personnes avec des structures sociétaires, une question que nous abordons également en traitant de la fiscalité des revenus et des activités économiques en Espagne.

La présomption par résidence familiale

La résidence habituelle du conjoint et des enfants mineurs en Espagne génère une présomption légale de résidence fiscale, qui peut s'avérer déterminante si le contraire n'est pas prouvé.

Comment prouver la résidence fiscale en Espagne ?

La résidence fiscale doit être justifiée de manière claire et expresse, notamment lorsque la fiscalité d'une opération ou la possibilité d'appliquer des retenues en dépend. Tous les documents n'ont pas la même valeur ni ne produisent les mêmes effets.

Le certificat de résidence fiscale délivré par l'AEAT

Le certificat de résidence fiscale délivré par l'Agence d'État de l'Administration fiscale est le seul document qui atteste pleinement qu'une personne a la qualité de résident fiscal en Espagne aux fins de l'IRPF. C'est, en outre, le seul document prévu par la réglementation pour exonérer de la retenue à la source.

Le certificat est valable aussi bien s'il est émis à titre général que s'il fait référence à l'application d'une Convention pour éviter la double imposition, car ce qui importe est que l'AEAT certifie la résidence fiscale en Espagne. Il convient de rappeler que seule l'Administration fiscale espagnole peut certifier cette résidence ; un certificat délivré par des autorités étrangères atteste uniquement la résidence fiscale dans cet autre État et, par conséquent, la qualité de non-résident en Espagne.

Conformément à l'article 75 du Règlement de l'IRNR, le certificat a une validité d'un an à compter de sa date d'émission et doit être en vigueur le jour de l'autorisation de l'acte. Il est également indispensable de vérifier que le NIF figurant sur le certificat correspond à celui du titulaire.

Le modèle 100 de l'IRPF comme solution exceptionnelle

Étant donné que l'AEAT dispose d'un délai allant jusqu'à 20 jours pour délivrer le certificat, en cas d'urgence, il est possible de fournir la déclaration de l'IRPF (modèle 100) de l'exercice le plus récent clôturé.

Ce document n'exonère pas légalement de la retenue, de sorte que son acceptation reste toujours à la discrétion et sous la responsabilité de l'acheteur. Il atteste que le cédant était résident fiscal lors de l'exercice précédent, mais ne garantit pas qu'il le soit pour l'exercice en cours, sa valeur en tant qu'indice diminuant au fur et à mesure que l'année civile avance.

C'est pourquoi il faut toujours avertir les parties que le document approprié est le certificat de résidence fiscale de l'AEAT, le modèle 100 restant une solution purement exceptionnelle.

Autres éléments complémentaires

L'activité économique en Espagne, la propriété d'un logement habituel ou d'autres éléments d'ancrage peuvent renforcer la cohérence de la résidence déclarée, mais ne remplacent ni n'équivalent au certificat de résidence fiscale délivré par l'Administration fiscale.

Qu'est-ce que la résidence fiscale en Espagne n'accrédite PAS ?

Dans la pratique notariale, il est courant de fournir des documents qui n'attestent pas la résidence fiscale en Espagne et qui, cependant, sont confondus avec des preuves fiscales. Il convient de distinguer entre ceux qui ne servent même pas d'indice et ceux qui, sans attester la résidence fiscale, ne peuvent être considérés que comme des signes d'enracinement, toujours de manière conjointe et avec prudence.

Documents qui ne servent ni comme preuve de résidence fiscale

Le NIE sur papier blanc a une finalité exclusivement identificative. Étant un numéro perpétuel et invariable, il est maintenu que l'étranger soit un touriste occasionnel ou qu'il réside en Espagne depuis des années. C'est pourquoi, il n'atteste pas la résidence fiscale, ni non plus la non-résidence, et sa possession est généralement indicative que le sujet n'est pas résident fiscal.

Ne justifient pas non plus la résidence fiscale les modèles censitaires de l'AEAT (030 et 036), qui se limitent à communiquer une adresse à des fins de notifications et n'accordent pas la qualité de contribuable à l'IRPF.

Documents qui, pris isolément, ne prouvent pas la résidence fiscale (mais peuvent être des indices)

Ce sont des documents qui prouvent que l'étranger est ou peut être en Espagne, mais pas qu'il paie des impôts en tant que résident fiscal. Aucun d'entre eux, pris isolément, n'atteste la résidence fiscale.

Certificat de résidence

Atteste la résidence physique dans une commune, mais n'a pas de portée fiscale et ne garantit pas la permanence supérieure à 183 jours ni le centre des intérêts économiques.

Certificat d'enregistrement de citoyen de l'Union européenne (feuille ou carte verte)

Il atteste du droit de résidence légale et constitue une preuve de volonté de permanence, mais n'atteste pas la résidence fiscale ni n'exclut un transfert ultérieur à l'étranger.

Carte d'identité d'étranger ou carte de séjour

Il atteste une autorisation administrative de résidence et sert d'identification, mais ne prouve pas la résidence fiscale ni la présence effective en Espagne.

Certificats bancaires et titularité des comptes

La considération d’un compte comme « compte de résident » répond à des critères internes de l’entité financière. Elle n’atteste pas la résidence fiscale, mais uniquement une résidence administrative ou un domicile bancaire.

Reçus de fournitures

Ils prouvent la titularité de contrats ou une présence physique, mais n'accréditent pas la résidence fiscale, bien qu'un historique continu puisse être pris en compte, avec d'autres éléments, comme indice d'enracinement.

Résidence administrative vs résidence fiscale

La confusion entre résidence administrative et résidence fiscale est l'une des causes les plus fréquentes d'erreurs dans les opérations notariales avec un élément étranger. Ces documents peuvent avoir une valeur complémentaire, mais ne remplacent pas le certificat de résidence fiscale.

Une évaluation incorrecte peut entraîner une imposition indue, l'omission de retenues exigibles et des régularisations ultérieures de la part de l'Administration, avec les majorations et intérêts correspondants.

Espagnols résidents fiscaux à l'étranger

L'obligation de pratiquer ou non une retenue ne dépend pas de la nationalité, mais de la résidence fiscale. Un citoyen avec DNI espagnol peut avoir, à des fins fiscales, la qualité de non-résident fiscal en Espagne.

En pratique, face à un vendeur espagnol qui déclare résider fiscalement à l'étranger, deux situations peuvent se présenter, selon les documents fournis.

Attestation de la résidence fiscale à l'étranger

Le vendeur peut justifier sa résidence fiscale dans un autre pays au moyen d'un certificat délivré par l'autorité fiscale étrangère. Étant donné qu'il s'agit d'un document public étranger, il doit être accompagné d'une Apostille de La Haye (ou légalisation diplomatique, selon le pays) et, le cas échéant, d'une traduction assermentée, devant être incorporés au dossier principal.

Le certificat d'inscription consulaire ne justifie pas la résidence fiscale auprès de l'AEAT, bien qu'il puisse être pris en compte uniquement comme indice complémentaire.

Déclaration de non-résidence sans justificatif documentaire

Il peut arriver que le vendeur déclare résider fiscalement à l'étranger sans fournir de certificat, tout en conservant une DNI avec domicile en Espagne. Dans ce cas, il faut tenir compte du fait objectif que le vendeur lui-même reconnaît expressément sa qualité de non-résident fiscal, aux fins de l'article 25.2 du TRLIRNR.

Dans cette situation, il est nécessaire de mettre en garde les parties sur les conséquences fiscales et de recommander la pratique de la retenue, comme mesure de protection de l'acquéreur. Si par la suite il était prouvé que le vendeur était résident fiscal en Espagne, ce sera lui qui pourra demander le remboursement des paiements indus auprès de l'AEAT.

Protection de l'acquéreur

Ce critère répond à la nécessaire protection de l'acheteur : lorsque le vendeur espagnol déclare résider à l'étranger, sa déclaration constitue une reconnaissance de non-résidence que l'acquéreur ne peut ignorer, étant prudent d'agir conformément à celle-ci en l'absence de preuve contraire.

Attestation de non-résidence fiscale

La manifestation du donneur d'ordre de ne pas être résident fiscal en Espagne est suffisante pour que la retenue prévue par la réglementation de l'Impôt sur le Revenu des Non-Résidents soit appliquée, sans qu'il soit indispensable de fournir immédiatement un certificat de résidence fiscale à l'étranger.

La fourniture ultérieure d'un certificat étranger peut servir à prouver la résidence fiscale dans un autre État, mais l'absence de ce document oblige à agir comme non-résident, en tant que mesure de protection de l'acquéreur. Si par la suite il est prouvé que le cédant était résident fiscal en Espagne, ce sera lui qui pourra demander le remboursement des sommes indûment perçues auprès de l'Administration fiscale.

La résidence fiscale dans la pratique notariale

Le notaire ne détermine pas la résidence fiscale, mais il vérifie les documents fournis, recueille les déclarations du constituant et avertit des conséquences fiscales découlant de l'une ou l'autre condition. Nous vous recommandons la lecture de notre service de acte notarié de déclarations.

Dans une notaire à Barcelone, avec une intense activité patrimoniale et internationale, cette analyse préalable est essentielle pour garantir la sécurité juridique et éviter des contingences fiscales futures, notamment dans des opérations complexes ou avec un élément étranger.

L’accréditation de la résidence fiscale en Espagne par des étrangers n’admet pas de solutions automatiques. Elle exige d’analyser la situation réelle du contribuable, d’appliquer correctement les critères légaux et de documenter adéquatement la réalité fiscale.

L’expérience montre que les problèmes surgissent lorsque l’on simplifie excessivement une question complexe. Une planification fiscale correcte préalable, surtout avant de formaliser une opération notariale, est la meilleure garantie pour éviter des conflits ultérieurs avec l’Administration fiscale.

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