Comment fait-on un testament ?

Par Juan Madridejos Velasco et Luis Alberto Álvarez Moreno, Notaires de Barcelone et associés de la Notaire à Barcelone J&LA Notaires.

Au moment de rédiger un testament, l'une des questions les plus fréquemment posées par nos clients est : Que dois-je prendre en compte pour faire un testament ? Comment fait-on un testament ? À quoi dois-je penser ? Pour cette raison, nous avons voulu préparer ce petit guide pour rédiger un testament, avec les points les plus importants à considérer pour décider ce qu'il faut inscrire dans le testament définitif. Nous espérons que cela vous sera utile.

Guide pour faire un testament : concepts les plus importants à prendre en compte

La Professio Iuris ou la loi applicable à la succession

Avec ce latinisme de "professio iuris", nous faisons référence à la possibilité de choisir la loi applicable à la future succession. En raison de la mondialisation et de l'internationalisation croissantes, il est souvent nécessaire de déterminer quelle loi sera applicable à une future succession, car plusieurs lois peuvent s'appliquer à une même personne. Cela devient particulièrement important après l'entrée en vigueur du Règlement Successoral Européen 650/2012, du 4 juillet 2012.

Selon le Règlement Européen 650/2012, dans son article 21, "la loi applicable à l'intégralité de la succession sera celle de l'État dans lequel le défunt avait sa résidence habituelle au moment du décès". Par ailleurs, l'article 22 établit que "toute personne peut désigner la loi de l'État dont elle possède la nationalité au moment de faire ce choix ou au moment du décès".

Par conséquent, il est important, dans le cas où un élément international existerait à l'avenir, comme aller résider à l'étranger, de déterminer si l'on préfère appliquer la loi personnelle, que ce soit la loi de la nationalité ou, comme dans le cas de l'Espagne, la loi de la vecindad civil.

Par exemple, pensons à un Espagnol avec vecindad civil catalane qui va résider en France. En cas de décès, la loi française, celle de son lieu de résidence, s'appliquera à sa future succession. Mais il peut déterminer dans son testament qu'il préfère que la loi personnelle, c'est-à-dire la loi catalane, soit applicable. Dans ce cas, la future succession sera régie conformément à la loi catalane et non à la loi française.

Comprendre la légitime et la déshéritation

La légitime est la portion des biens dont le testateur ne peut pas disposer librement, car la loi la réserve à certaines personnes, appelées héritiers réservataires. Ainsi, la loi protège certaines personnes, en tenant compte du degré de parenté avec le testateur, bien que les personnes réservataires, ainsi que le pourcentage de la légitime, puissent changer selon l'application du droit commun ou des droits foraux, comme le droit catalan.

Par exemple, en droit commun, si vous avez deux enfants, la légitime serait de deux tiers de la succession, divisée entre les deux enfants. Le reste, le tiers de libre disposition, vous pouvez le laisser à qui vous voulez. En Catalogne, pour sa part, les deux enfants seraient réservataires, mais auraient droit à un quart de la succession, divisé entre les deux frères, les trois quarts restants étant de libre disposition.

Vous pouvez trouver plus d'informations sur la légitime dans cet article :

Cependant, dans certaines occasions, le testateur peut priver un héritier réservataire de sa légitime, et cela se fonde sur la possibilité de « sanctionner » les légataires réservataires pour leur mauvais comportement ou les actes qu'ils ont commis contre le testateur. Il est vrai que la loi réserve un pourcentage des biens aux personnes proches, mais avec des mécanismes pour protéger le testateur. Cela s'appelle la déshéritation et ne peut se faire que dans le testament, en indiquant clairement qui est le déshérité et la raison pour laquelle il est déshérité.

Par exemple, on peut déshériter un enfant, pour plus d'informations, vous pouvez consulter cet autre article de blog :

Les causes de déshéritation sont fixées dans le Code civil, tant dans le code commun que dans les codes foraux, et dépendront de la situation, que nous soyons face à des descendants, des ascendants ou le conjoint. Sans entrer dans les détails ni l'analyser en profondeur, car c'est l'objet d'un autre article du blog, il convient de souligner que ces causes générales de déshéritation sont : avoir refusé des aliments sans motif ; avoir maltraité physiquement ou gravement injurié ; avoir attenté à la vie du testateur ; avoir refusé des aliments à ses propres enfants.

À ce jour, toutefois, il existe une autre cause, qui est la plus courante en pratique, reconnue par le Code civil de Catalogne dans son article 451-17 : « L'absence manifeste et continue de relation familiale entre le défunt et le légataire, si elle est due à une cause exclusivement imputable au légataire. » De même, en droit commun, ce maltraitement psychologique par manque de relation trouve sa place, conformément à la jurisprudence de la Cour suprême. Ce manque de relation imputable à l'héritier réservataire est une cause de déshéritation, et est devenu le motif le plus utilisé pour déshériter.

Distinguer un légataire d'un héritier

Lorsqu'un testament est établi, le testateur peut répartir son patrimoine de deux manières : à travers l'institution d'héritier et le legs.

Sans entrer dans des discussions juridiques, la grande différence est que l'héritage revient à donner tout ce qui vous appartient, tandis que le legs consiste à donner des choses spécifiques. De plus, les héritiers doivent décider s'ils veulent tout recevoir ou tout refuser, tandis que les légataires peuvent accepter certains legs et en refuser d'autres.

Une autre différence importante est que les héritiers se subrogent dans les dettes du testateur et sont responsables de leur paiement, mais les légataires ne le sont pas, sauf si le testateur a indiqué le contraire dans le testament ou si tout l'héritage est distribué en legs.

En pratique, il est le plus courant de nommer héritiers de tous les biens du testateur le conjoint ou les enfants, voire des amis et des personnes proches, en laissant les legs pour attribuer des biens spécifiques à certaines personnes, notamment l'usufruit universel du conjoint.

Consultez plus ici :

Les substitutions pour éviter que la succession ne soit vacante

Une fois désignés les héritiers et légataires, l'une des questions que nos clients posent souvent est : et si la personne que j'ai désignée ne peut pas ou ne veut pas accepter l'héritage ou le legs ? Le bon côté de faire un testament est la possibilité de répondre à toutes ces questions et de donner une réponse optimale avec la volonté du testateur.

Dans ce cas, il existe la figure de la substitution vulgaire. Par la substitution vulgaire, le testateur peut déterminer qui ou qui sont ceux qu'il souhaite voir lui succéder si les premiers qu'il a désignés ne peuvent pas ou ne veulent pas accepter l'héritage ou recevoir le legs.

La substitution vulgaire a pour but d'éviter que l'héritage ou le legs ne restent vacants, tandis que la substitution fidéicommissaire poursuit un objectif de conservation et de transmission des biens à un tiers.

Par exemple : Le testateur, Andrés, nomme Blanca et Celestino comme héritiers, mais au cas où ils décéderaient avant lui, il nomme leurs descendants respectifs comme substituts. Dans ce cas, si Blanca, qui a un fils nommé David, décède avant Andrés, hériteront Celestino et aussi David, ce dernier en tant que substitut vulgaire. Si Blanca n'était pas décédée, ce seraient les deux, Blanca et Celestino, qui hériteraient d'Andrés.

Comment faire un testament pour protéger le partenaire, les enfants ou les animaux de compagnie

Héritage avec conjoint ou partenaire de fait

Ce sujet est l'un de ceux qui suscitent le plus d'intérêt au moment de rédiger un testament, c'est pourquoi nous avons voulu écrire un autre article complet sur les successions entre conjoints et comment protéger le conjoint survivant avec un testament.

Si cela vous intéresse, vous pouvez lire l'article complet ici :

Mineurs, tutelle et administration des biens

Lors de la rédaction d’un testament, l’une des principales préoccupations du testateur est la protection des enfants ou, à défaut, des descendants, en particulier lorsqu’ils sont mineurs. Cette protection ne concerne pas seulement l’attribution du patrimoine, mais aussi la protection personnelle.

Dans le cas des enfants mineurs, il est conseillé de profiter du testament pour désigner des tuteurs. La tutelle est une institution juridique qui a pour objet la protection des mineurs, leur soin personnel, l’administration patrimoniale et leur représentation légale. En d’autres termes, elle remplace la fonction des parents lorsque ceux-ci ne peuvent l’exercer pour une raison quelconque, par exemple, en cas de décès.

Le testament est un document approprié pour désigner un tuteur. Pour cela, il faut choisir les personnes que les parents considèrent comme les plus aptes à s’occuper de leurs enfants en cas d’absence des deux parents, qu’il s’agisse des grands-parents, des oncles ou des personnes proches de la famille. Il est conseillé de désigner des suppléants, c’est-à-dire de choisir un tuteur et, à défaut, un autre. Il faut également prendre en compte que la nomination du tuteur revient à l’autorité judiciaire, qui tiendra compte de l’intérêt supérieur du mineur, mais prendra en considération la volonté des parents exprimée dans le testament, bien qu’elle puisse, si elle le juge opportun, nommer une autre personne.

D’autre part, qu’il s’agisse d’enfants ou d’autres personnes mineures susceptibles d’hériter, il est conseillé d’établir des limites à la faculté de disposition des biens immobiliers et des biens de valeur exceptionnelle. Il faut garder à l’esprit que les héritiers, une fois atteints 18 ans, peuvent vendre librement les biens hérités. Pour éviter que les héritiers puissent vendre librement les biens à 18 ans, il est très courant dans les testaments de déterminer qu’avant un âge donné (23, 25 ou 27 ans sont les âges les plus courants) les héritiers ne peuvent disposer des biens immobiliers et des biens de valeur exceptionnelle, sans l’autorisation d’une personne adulte (généralement l’autre parent ou les personnes désignées comme tuteurs). De cette manière, on évite que les héritiers dilapident le patrimoine hérité à 18 ans et, si nécessaire, la vente d’un bien, par exemple pour payer les études, puisse se faire sous le contrôle d’une autre personne. Cette disposition est très courante dans la pratique, notamment de la part des parents à l’égard de leurs enfants mineurs.

Le soin des animaux de compagnie après le décès

La récente Loi 17/2021 a représenté une avancée importante dans la reconnaissance juridique des animaux, en établissant que ils ne sont plus considérés comme des choses, mais comme des êtres sensibles qui méritent une protection spéciale. Cela a entraîné des changements significatifs dans le domaine successoral des animaux, car il est désormais possible de faire référence aux animaux de compagnie dans un testament, afin d'assurer leur soin et leur entretien après le décès de leur propriétaire, étant de plus en plus fréquent de traiter dans le testament de l'héritage des animaux de compagnie.

Ce sujet a déjà été abordé dans un autre blog précédent que vous pouvez consulter ici :

En nous concentrant sur la relation entre les animaux de compagnie et le testament, il faut partir d'une première prémisse. Les animaux de compagnie ne peuvent pas être nommés héritiers ou légataires, car ils ne possèdent pas de personnalité juridique. Ce qui peut être déterminé dans un testament en faveur des animaux de compagnie est :

  • Léguer à une personne de notre confiance notre animal de compagnie, en la nommant nouveau propriétaire.
  • Désigner une personne pour simplement s'occuper et veiller au bien-être de l'animal, en attribuant au soigneur certains biens et droits à cet effet.
  • Attribuer la qualité d'héritier ou de légataire, ou certains biens à une personne sous condition de prendre soin de l'animal de compagnie du testateur.

En cas de décès du propriétaire sans testament ou avec testament mais sans clause spécifique concernant les animaux de compagnie, ceux-ci seront remis aux héritiers ou légataires qui les réclament, à condition qu'il n'y ait pas d'accord unanime sur leur sort. En l'absence d'accord, l'autorité judiciaire décidera du sort de l'animal en tenant compte de son bien-être.

Que dois-je également prendre en compte pour faire un testament ?

Désigner le bénéficiaire de l'assurance vie dans le testament

Dans le testament lui-même, conformément à l’article 84 de la Loi sur le contrat d’assurance « La désignation du bénéficiaire peut être faite dans la police, dans une déclaration écrite ultérieure communiquée à l’assureur ou dans un testament. »

Par conséquent, dans un testament, on peut déterminer qui l’on souhaite voir comme bénéficiaire de certains ou de tous les contrats d’assurance vie. Comme dans les cas précédents, il est recommandé de désigner un remplaçant, au cas où le premier bénéficiaire ne pourrait pas percevoir les assurances.

Déterminer l'utilisation du matériel biologique pour une fécondation post-mortem

Les avancées scientifiques en matière de fécondation se reflètent également dans le testament, car il est possible d’utiliser le matériel biologique du mari pour féconder la femme, même si le premier est décédé. C’est-à-dire, même si le mari est décédé, la femme peut se faire féconder après le décès et engendrer une descendance du mari. C’est ce que stipule la Loi 14/2006, du 26 mai, sur les techniques de reproduction humaine assistée, dans son article 9.2 qui dit « le mari pourra donner son consentement, dans le document mentionné à l’article 6.3, par acte notarié, testament ou document d’instructions préalables, pour que son matériel reproducteur puisse être utilisé dans les 12 mois suivant son décès pour féconder sa femme. Cette génération produira les effets légaux découlant de la filiation matrimoniale. Le consentement pour l’application des techniques dans ces circonstances pourra être révoqué à tout moment avant leur réalisation. »

Par conséquent, le testament est une forme appropriée pour donner ce consentement, autorisant la femme à utiliser son matériel biologique pour se faire féconder dans un délai de 12 mois, et produisant les effets propres à la filiation, comme s’il l’avait eu de son vivant.

Demander la suppression de l'empreinte digitale dans le testament

La gestion de notre présence digitale après le décès est un sujet de plus en plus pertinent à l'ère numérique. Rédiger un testament numérique est une mesure intelligente pour s'assurer que nos profils en ligne soient gérés conformément à nos souhaits. Il est important de considérer non seulement la suppression des données sensibles, mais aussi la préservation des souvenirs numériques précieux pour nos proches. L'inclusion des mots de passe et la spécification des délais pour la suppression sont des aspects clés pour faciliter ce processus. La protection de nos droits numériques est essentielle, et cette pratique démontre l'importance de planifier non seulement notre héritage physique, mais aussi notre héritage numérique.

Pour effacer votre empreinte numérique sur internet, une option simple est de le mentionner dans un testament, en indiquant la ou les personnes que vous souhaitez voir chargées de cette suppression, et vous pouvez spécifier que la suppression ait lieu après un certain délai suivant votre décès. Pour cela, il est conseillé de détailler vos abonnements, réseaux sociaux, courriels, etc., et d'inclure les mots de passe pour permettre la suppression de vos informations ; ces données seront incluses dans une enveloppe scellée ou par l'incorporation au testament d'une mémoire numérique ou d'une clé USB. Tout cela restera dûment secret et protégé dans le protocole notarial.

Tout cela est soutenu par la Loi Organique de Garantie des Droits Numériques, qui vous donne le droit de décider du sort de vos informations en ligne après votre mort, notamment dans son article 96.

Nous avons également rédigé un autre article sur ce sujet que vous pouvez consulter ici :

Transmettre des droits d'auteur et de propriété intellectuelle

L'article 42 de la Loi sur la Propriété Intellectuelle régule la transmission mortis causa des droits d'auteur, lesquels peuvent être transmis par testament, ce qui permet aux auteurs ou titulaires de droits de propriété intellectuelle de désigner à qui ils lègueront leurs droits après leur décès, incluant à la fois le contenu moral et économique. Par conséquent, les droits d'auteur peuvent être inclus dans un testament comme tout autre bien ou droit, ils peuvent être légués à une personne en particulier, soumis à condition ou, si rien n'est précisé, attribués aux héritiers.

Il faut garder à l'esprit que les droits économiques ou d'exploitation de l'œuvre auront une durée, en règle générale, de 70 ans, à compter du premier janvier suivant le décès de l'auteur.

Questions fréquentes pour savoir comment faire un testament

Le testament conjoint ou commun entre époux ne peut être établi que dans certains droits foraux, tels que ceux soumis au droit aragonais, galicien, basque ou navarrais.

En droit commun ou en droit catalan, ce type de testament ne peut être établi, chaque époux devant rédiger son propre testament dans un document séparé.


Dans le domaine testamentaire, il est possible d’exclure l’autre parent de l’administration des biens que les enfants reçoivent par héritage. Pour cela, il suffit d’inclure une clause spéciale dans le testament, désignant la personne qui se chargera de cette administration et précisant expressément que l’ex-conjoint est exclu de l’administration de ces biens.

Ainsi, au décès du testateur, les enfants hériteront et seront propriétaires des biens, mais le pouvoir de disposition et d’administration de ceux-ci ne reviendra pas à l’ex-conjoint, mais à la personne nommée administratrice dans le testament, qui devra être une personne de la plus grande confiance, chargée de veiller sur les enfants du testateur.

En désignant un administrateur dans le testament, on fait en sorte que ce soit cette personne de confiance qui gère les biens qui sont entrés dans le patrimoine des enfants mineurs, évitant ainsi que l’ex-conjoint le fasse en vertu de l’exercice de l’autorité parentale. De cette manière, l’administrateur désigné sera celui qui aura la signature sur les comptes bancaires, qui décidera de la location des biens immobiliers hérités et qui devra engager les procédures judiciaires nécessaires pour autoriser, par exemple, la vente d’un bien faisant partie de l’héritage.


Liens utiles et recommandation de JLA Notarios

Avec cela, se conclut notre guide sur comment faire un testament. N'oubliez pas que faire un testament est une étape cruciale pour garantir que vos souhaits soient respectés et que vos proches soient protégés.

Nous vous laissons ci-dessous des liens d'intérêt de la page du Conseil général du Notariat, si vous souhaitez en savoir plus sur le testament :

De notre côté, nous serons ravis de vous assister si vous souhaitez des conseils professionnels et personnalisés pour faire votre testament. Avec notre équipe de Notaires en Testaments, vous recevrez un accompagnement complet et fiable afin que votre testament reflète fidèlement vos souhaits et respecte toutes les réglementations légales en vigueur. 

Vous disposez de différents moyens pour nous contacter, que ce soit par e-mail, via le formulaire de contact de notre site web ou en nous rendant visite dans notre notaire à Barcelone. Nous serons ravis de vous accueillir !

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