Ius transmissionis : qu'est-ce que c'est, comment ça fonctionne et ce qui a changé
Table des matières (11)
- Qu'est-ce que le ius transmissionis ?
- Exemple de ius transmissionis
- Le droit de transmission dans l'article 1006 du Code civil : une norme brève aux conséquences énormes
- La ius transmissionis ou droit de transmission de l'héritage : le débat qui a divisé le droit successoral pendant plus d'un siècle
- Comment pouvait-on affirmer que le transmettant avait acquis une succession qu'il n'avait jamais acceptée ?
- La doctrine de 2013 semblait clore le débat… mais de nouvelles questions sont apparues concernant le droit de transmission de l'héritage
- Ius Transmissionis dans l'Impôt sur les Successions
- L'Arrêt de la Cour Suprême du 3 juin 2026 : un nouveau tournant
- Le Ius transmissionis en Catalogne
- L'importance du conseil notarial en ius transmissionis
- Avez-vous besoin de conseils sur une succession avec ius transmissionis ?
Le ius transmissionis est l'une des notions qui complique le plus fréquemment le traitement d'une succession. Celle-ci soulève déjà, à elle seule, de nombreuses questions juridiques et fiscales. Cependant, il existe une situation particulièrement complexe qui déroute tant les familles que, parfois, les professionnels eux-mêmes : que se passe-t-il lorsqu'un héritier décède sans avoir accepté ni renoncé à la succession qui lui revenait ?
À ce moment-là entre en jeu le ius transmissionis ou droit de transmission, l'une des institutions les plus débattues du droit des successions. Bien que sa réglementation dans le Code civil occupe à peine une ligne, elle a donné lieu pendant plus d'un siècle à d'intenses débats doctrinaux, de nombreuses résolutions de la Direction générale des registres et du notariat — aujourd'hui Direction générale de la sécurité juridique et de la foi publique — et quelques-unes des décisions les plus importantes de la Cour suprême en matière successorale.
On pourrait penser qu'il s'agit d'une discussion réservée aux juristes. Rien n'est plus éloigné de la réalité. La réponse détermine qui doit comparaître dans un acte d'acceptation de succession, qui a le droit d'intervenir dans le partage successoral, quelle est la position du conjoint survivant ou des légataires réservataires et, même, quelles peuvent être les conséquences en matière de droits de succession.
Dans une étude notariale, ce cas se présente beaucoup plus fréquemment qu'on ne l'imagine habituellement. Il suffit que quelques mois s'écoulent entre le décès de deux membres de la famille pour qu'une succession apparemment simple devienne un dossier beaucoup plus complexe. C'est précisément dans ces cas que le conseil notarial prend tout son sens : reconstituer correctement la chaîne successorale et offrir à la famille la sécurité juridique nécessaire pour accepter la succession avec toutes les garanties.
Pendant des années, il a semblé que la question avait été définitivement résolue après l'historique arrêt de la Cour suprême du 11 septembre 2013, qui a représenté un véritable changement de paradigme. Cependant, le récent arrêt de la séance plénière de la première chambre de la Cour suprême du 3 juin 2026 a remis le ius transmissionis au centre du débat successoral.
Dans cet article, nous expliquerons ce qu'est le droit de transmission, comment son interprétation a évolué, ce qui change après la nouvelle jurisprudence et quelles conséquences pratiques cela a pour ceux qui doivent traiter une succession.
Qu'est-ce que le ius transmissionis ?
La meilleure façon de comprendre cette institution est de recourir à un exemple.
Exemple de ius transmissionis
Imaginons que Josep, voisin de Barcelone, décède en laissant comme héritière universelle sa fille Marta. La famille commence à préparer la documentation nécessaire pour accepter l’héritage, mais avant de signer l’acte, Marta décède de manière inattendue. Dans son testament, elle avait nommé héritiers ses deux enfants, Pol et Clàudia.
La question se pose immédiatement.
Qui peut maintenant décider de l’héritage de Josep ?
La réponse se trouve dans le ius transmissionis.
Le droit que Marta avait pour accepter ou renoncer à l’héritage de son père ne disparaît pas avec son décès. Ce droit fait partie de son propre héritage et est transmis à Pol et Clàudia, qui seront ceux qui pourront décider s’ils acceptent ou renoncent à l’héritage de leur grand-père.
Cet exemple permet de comprendre une idée essentielle qu’il convient de ne jamais perdre de vue : la première chose qui se transmet n’est pas les biens du premier défunt, mais le droit de décider sur un héritage qui restait en attente d’acceptation.
Cette circonstance explique précisément pourquoi cette institution a suscité tant de discussions. En réalité, le dossier cesse d’être une succession unique pour devenir deux héritages étroitement liés qui doivent être étudiés conjointement.
Pour faciliter la compréhension, trois concepts sont généralement utilisés :
- Premier défunt : la personne dont le décès donne lieu à la première succession.
- Transmettant : l’héritier appelé à cet héritage qui décède sans avoir accepté ni renoncé.
- Transmissaires : les héritiers du transmettant, qui reçoivent le droit d’accepter ou de renoncer à l’héritage en attente.
Bien que la terminologie puisse sembler complexe, la logique est simple. Si une personne décède sans avoir exercé le droit qu’elle avait pour accepter un héritage, ce droit fait partie de son patrimoine successoral et passe à ceux qui sont ses propres héritiers.
Vous est-il arrivé quelque chose de similaire dans votre famille ? Parlez-nous :
Le droit de transmission dans l'article 1006 du Code civil : une norme brève aux conséquences énormes
Le fondement légal du droit de transmission se trouve dans l’article 1006 du Code Civil, qui dispose que « par la mort de l’héritier sans accepter ni répudier la succession, le même droit qu’il avait passera à ses propres héritiers. »
Il est surprenant de constater qu’une institution qui a généré tant de doctrine et tant de jurisprudence s’appuie sur un article aussi bref.
Et c’est précisément là que commence le problème.
Le législateur a expliqué quoi est transmis, mais n’a pas précisé comment cette transmission devait être comprise ni quels en étaient les effets.
Le doute n’était pas moindre.
Qui acquérait réellement la qualité d’héritier du premier défunt ?
Hérite-t-on du premier défunt ou du transmettant ?
Quel rôle jouaient le conjoint survivant ou les légitimaires du transmettant ?
Était-il nécessaire d’accepter d’abord la succession du transmettant pour pouvoir décider de celle du premier défunt ?
Pendant des décennies, il n’y a pas eu de réponse unanime. La doctrine a élaboré différentes constructions juridiques et la pratique notariale et cadastrale a coexisté avec des solutions qui ne coïncidaient pas toujours.
La ius transmissionis ou droit de transmission de l'héritage : le débat qui a divisé le droit successoral pendant plus d'un siècle
Peu d'institutions ont autant évolué que le ius transmissionis.
Pendant une bonne partie du XXe siècle, la dite théorie classique prédominait. Selon cette interprétation, lorsque le transmettant décédait sans accepter la succession, celle-ci s'intégrait d'abord dans son patrimoine successoral et, par la suite, était acquise par ses propres héritiers. Il y avait donc deux transmissions successives.
C'était une construction juridiquement cohérente et elle a été adoptée pendant des années par une bonne partie de la doctrine, par la pratique notariale et cadastrale ainsi que par les décisions de l'ancienne Direction Générale des Registres et du Notariat.
Cependant, peu à peu, des doutes ont commencé à surgir.
Le principal était aussi simple que difficile à répondre.
Comment pouvait-on affirmer que le transmettant avait acquis une succession qu'il n'avait jamais acceptée ?
L’acceptation de la succession a toujours été un acte volontaire. Si le appelé décédait sans l’accepter ni la répudier, il était discutable de soutenir que cette succession était réellement entrée dans son patrimoine.
À partir de cette réflexion, une nouvelle doctrine a commencé à se consolider : la dite théorie de l’acquisition directe.
Selon cette interprétation, les transmetteurs ne héritaient pas du transmettant les biens du premier auteur, mais uniquement le droit qu’il avait d’accepter ou de répudier la succession. Une fois ce droit exercé, ils acquéraient directement la qualité d’héritiers du premier auteur.
Pendant des années, les deux théories ont coexisté dans la doctrine et dans la pratique, générant une notable insécurité juridique. La situation a fini par arriver devant la Cour suprême, qui a dû se prononcer sur une controverse ouverte depuis plus d’un siècle.
La réponse est venue avec la Arrêt de la Cour suprême du 11 septembre 2013, probablement l’une des décisions les plus influentes du droit successoral espagnol des dernières décennies.
La Haute Cour a expressément adopté la théorie de l’acquisition directe et abandonné la construction classique qui avait prédominé jusqu’alors. La résolution a été reçue comme un véritable tournant et a marqué la pratique notariale et d’enregistrement des années suivantes.
La nouvelle doctrine a été rapidement adoptée par la Direction générale des registres et du notariat, dont les Résolutions du 26 mars 2014 et 11 juin 2014, entre beaucoup d’autres ultérieures, ont commencé à adapter la pratique d’enregistrement au nouveau critère jurisprudentiel et à résoudre les premières questions qui surgissaient autour de l’intervention des héritiers, légataires et autres intéressés dans le partage de la succession.
Il semblait que, enfin, le débat avait été définitivement résolu.
Mais le droit successoral a une curieuse habitude : lorsqu’un grand arrêt semble clore une discussion, il ouvre presque toujours de nouvelles.
La doctrine de 2013 semblait clore le débat… mais de nouvelles questions sont apparues concernant le droit de transmission de l'héritage
La Sentencia del Tribunal Supremo de 11 de septiembre de 2013 fue recibida como una auténtica revolución. Después de más de un siglo de discusión, parecía que el Alto Tribunal había dado una respuesta definitiva al alcance del artículo 1006 del Código Civil.
La práctica notarial y registral se adaptó rápidamente a este nuevo criterio. La antigua Dirección General de los Registros y del Notariado asumió la doctrina del Tribunal Supremo mediante diversas resoluciones —entre ellas, las de 26 de marzo de 2014, 11 de junio de 2014, 6 de octubre de 2014, o 22 de enero de 2018— que fueron resolviendo los problemas que surgían en la práctica diaria de notarías y registros.
Sin embargo, la sentencia de 2013 no resolvía todas las cuestiones.
Más bien ocurrió lo contrario.
Cuanto más se aplicaba la nueva doctrina, más evidente resultaba que seguían existiendo situaciones difíciles de encajar.
Por ejemplo, si los transmisarios sucedían directamente al primer causante, ¿qué ocurría con el cónyuge viudo del transmitente? ¿Y con sus legitimarios? ¿Debían intervenir en la partición de la primera herencia? ¿Era suficiente con aceptar la herencia del primer causante o era imprescindible aceptar también la del transmitente?
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Toutes ces questions sont parvenues peu à peu à la Direction Générale et aux tribunaux. La pratique notariale a joué ici un rôle essentiel, car c’est dans les études notariales que ces problèmes cessaient d’être théoriques pour devenir des dossiers réels.
Ceux d’entre nous qui travaillons habituellement en matière successorale savons que derrière le ius transmissionis il existe rarement une seule succession. Il est habituel de se retrouver avec plusieurs successions enchaînées, différents testaments, des héritiers appartenant à différentes branches familiales et même des lois successorales différentes. C’est pourquoi, avant de rédiger un acte d’acceptation de succession, il est indispensable de reconstituer toute la chaîne successorale et de déterminer correctement qui sont les personnes appelées à intervenir.
Ius Transmissionis dans l'Impôt sur les Successions
La discussion ne s’est pas non plus limitée au domaine civil.
L’interprétation du ius transmissionis a une conséquence immédiate du point de vue fiscal : déterminer qui acquiert réellement l’héritage conditionne également la manière dont doit être liquidé le Impôt sur les Successions et Donations.
Pendant des années, différents critères ont coexisté. L’administration fiscale a maintenu une interprétation qui ne coïncidait pas toujours avec l’évolution de la jurisprudence civile, générant une évidente insécurité juridique pour les contribuables.
La question a été en grande partie clarifiée avec la Arrêt de la Troisième Chambre de la Cour Suprême du 5 juin 2018, qui a adapté l’interprétation fiscale à la doctrine civile alors en vigueur.
Cependant, il convient de rappeler que les conséquences fiscales d’un cas de ius transmissionis ne doivent jamais être analysées de manière automatique. Chaque dossier présente des particularités propres — l’existence ou non d’un testament, la réglementation civile applicable, les réductions fiscales ou la réglementation autonome — qui peuvent influencer de manière décisive la fiscalité de l’héritage.
C’est pourquoi, lorsqu’on est confronté à une succession de ces caractéristiques, il est conseillé d’étudier conjointement les aspects civils et fiscaux avant d’accepter l’héritage.
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L'Arrêt de la Cour Suprême du 3 juin 2026 : un nouveau tournant
Lorsque le panorama juridique semblait s’être stabilisé, la Chambre plénière de la Première Section de la Cour suprême s’est de nouveau prononcée sur le droit de transmission par sa Arrêt du 3 juin 2026.
L’importance de cette décision va bien au-delà du cas concret qu’elle résout.
La Cour suprême réfléchit à nouveau sur la nature du ius transmissionis et reconsidère l’interprétation qui avait présidé cette matière depuis 2013. En essence, elle estime que le droit de transmission ne peut être analysé de manière isolée, mais dans le cadre de l’ensemble du phénomène successoral et des règles générales qui régissent l’acquisition de la succession.
Un des aspects les plus importants de l’arrêt consiste à rappeler que le ius delationis fait partie du patrimoine du transmettant. En conséquence, pour pouvoir exercer ce droit, il est indispensable d’avoir préalablement acquis la qualité d’héritier du transmettant par l’acceptation de sa succession.
Cette approche représente une évolution importante par rapport à la doctrine antérieure et oblige à reconsidérer des questions pratiques que de nombreux opérateurs juridiques considéraient déjà comme acquises.
Il sera nécessaire de vérifier comment évoluent la doctrine de la Direction générale de la Sécurité juridique et de la Foi publique, la jurisprudence ultérieure et la pratique du registre. Néanmoins, il est indubitable que cet arrêt marquera l’interprétation de l’article 1006 du Code civil durant les prochaines années.
Le Ius transmissionis en Catalogne
Le droit de transmission en Catalogne trouve également une réglementation expresse, bien que dans le cadre du système successoral propre au Code civil de Catalogne.
L’article 461-13.1 établit que, si l’appelant à une succession décède sans avoir accepté ni répudié, le droit de le faire se transmet à ses héritiers.
Pour ceux d’entre nous qui exercent la fonction notariale en Catalogne, cette question revêt une importance pratique extraordinaire. Un grand nombre des successions qui sont autorisées quotidiennement sont régies par le droit civil catalan et non par le Code civil commun. Cela oblige à déterminer, avant d’entamer toute procédure successorale, quelle est la loi applicable à la succession.
Bien que la finalité pratique de l’article 461-13.1 du Code civil de Catalogne présente des similitudes évidentes avec l’article 1006 du Code civil, il n’est pas conseillé de transposer automatiquement la doctrine élaborée pour le droit commun. L’ordonnancement catalan possède des principes propres en matière successorale et l’interprétation de ses institutions doit être réalisée en tenant compte de la systématique et de la finalité du Code civil de Catalogne lui-même.
L'importance du conseil notarial en ius transmissionis
Le ius transmissionis démontre que les questions apparemment simples cachent souvent une grande complexité juridique.
Derrière une question aussi simple que « « qui hérite ? » » peuvent se trouver deux ou même trois successions liées, différents testaments, des lois civiles différentes et des conséquences fiscales importantes.
C’est précisément pour cette raison que le rôle du notaire ne consiste pas uniquement à autoriser un acte d’acceptation d’héritage. Avant d’en arriver à ce moment, il est nécessaire de reconstruire correctement toute la chaîne successorale, de vérifier qui sont les véritables appelés à la succession, d’analyser la jurisprudence applicable et d’évaluer les conséquences civiles et fiscales de chaque décision.
Ce n’est qu’ainsi que l’on peut offrir aux familles ce qui constitue l’essence de la fonction notariale : sécurité juridique préventive.
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Avez-vous besoin de conseils sur une succession avec ius transmissionis ?
Les successions dans lesquelles intervient un droit de transmission nécessitent une étude individualisée. Un petit détail — l’existence d’un testament, l’application du droit civil catalan, l’intervention des légataires réservataires ou l’acceptation préalable d’une autre succession — peut modifier complètement la solution juridique.
Chez JLA Notaires, notariat à Barcelone entre Passeig de Gràcia et Francesc Macià, nous étudions chaque dossier de manière personnalisée, en analysant conjointement toutes les successions impliquées et en offrant un conseil global, tant du point de vue civil que fiscal.
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